Plus que jamais, la COVID a changé mon modèle de vie et ma façon de percevoir mon environnement. Alors que j’avais pour habitude de me rendre au restaurant, de me faire un ciné, de fréquenter le hammam ou d’aller tous les jours au bureau, je me vois obligé de rester chez moi!Chaque pièce de mon appartement est alors devenue un lieu d’observation et de critiques exacerbées. Par exemple, jamais je n’avais autant fait attention à ma cuisine qui me semble dorénavant bien mal agencée. Je me suis d’ailleurs surpris à y cuisiner… Mais oui! Moi qui ne savais pas ce qu’était un chinois (à part un habitant de la Chine) ou une sauteuse (qui ne serait pas une grenouille), je me suis mis à préparer des petits plats (parfois improbables), concocter des desserts à n’en plus finir, mixer des soupes avec tout ce que j’avais sous la main et découvrir que des épices comme le curcuma ou le paprika tachaient les doigts et les vêtements! Je me suis imaginé chef étoilé et vite rendu compte que mes appareils ménagers n’étaient pas en adéquation avec ma soif de gastronomie maison : réfrigérateur trop petit, four impossible à nettoyer, plaques de cuisson inadaptées et surtout pourquoi ne pas avoir acheté un lave-vaisselle!
Passons à ma salle de bain devenue bien trop petite. Alors que j’y passais 15 minutes par jour elle fut le théâtre de longs moments à me doucher, à me laver les mains ou à me regarder dans le miroir. J’ai alors rêvé d’une immense douche à l’italienne, d’une double vasque, d’une baignoire géante et surtout à remous. Et même avoir deux salles de bain, pour changer de décor, a traversé mon esprit!
Et que dire de mon salon dans lequel j’ai passé le plus clair de son temps devant une télévision, elle aussi, bien trop petite pour recevoir les programmes Netflix et autres VOD. Alors j’ai pensé tout changer! Le canapé, pas si confortable que ça, la table basse, bien trop basse, les luminaires pas très pratiques et les tapis qui devaient dater de l’âge de ma grand-mère! Un vent de nouveautés et d’home-staging m’a submergé.
Et enfin, je terminerai par le bureau que dis-je, l’espèce de planche sur deux tréteaux où je posais tout et n’importe quoi. Il s’est avéré qu’elle ne remplissait pas du tout la fonction pour laquelle elle semblait destinée. Et c’est en regardant des séries comme Suits, Borgen ou House of Cards que j’ai vite pris conscience qu’un vrai bureau, avec un vrai fauteuil, serait le bienvenu pour pouvoir travailler dans de bonnes conditions.
Pourtant, malgré tous ses changements imaginés au fil des jours, ma question actuelle reste toujours : combien de temps cela va-t’il durer? Reprendrons-nous très vite le cours normal de nos vies, pourrais-je aller au restaurant sans être obligé de manger à toute vitesse pour être au bercail à 22h, pourrais-je retourner en week-end à Marrakech sans avoir à fournir des documents spécifiques, reverrais-je bientôt la sortie des fidèles des mosquées, les jeunes fêter les victoires de leurs clubs de foot, les enfants courir dans les parcs et mes collègues avec un sourire qui ne serait pas caché par un masque!
Il me tarde et je ne dois pas être le seul dans ce cas.